Point du conseil des ministres du mercredi 28 septembre 2016

Le dernier conseil des ministres du gouvernement Talon s’est penché, une nouvelle fois, sur la configuration de la nouvelle carte universitaire en République du Bénin. Au terme des travaux de cette séances hebdomadaire, le Chef de l’Etat et son gouvernement ont adopté la nouvelle carte universitaire confirmant ainsi les quatre (4) grandes universités du pays.

À la veille de ce conseil des ministres, le professeur Lalèyè s’était prononcé à nos micros et trouve que l’initiative d’une nouvelle carte universitaire pour le Bénin est louable et bien justifiée, mais à la mise en œuvre, le gouvernement de la rupture est passé à côté de la plaque. Mais préalablement, il a abordé les questions liées au système Licence – Master – Doctorat (LMD) en cours dans les universités du Bénin. Entretien.

Beninwebtv : Monsieur le professeur, quel regard portez-vous sur l’enseignement supérieur au Bénin ?

L’enseignement supérieur au Bénin est en plein développement avec beaucoup de défis à relever aux plans de la qualité de l’enseignement proprement dit, de la recherche et du service à la communauté.

En plein développement avec un système LMD décrié par nombre de personnes tant du système que de l’extérieur ?

Oui le système LMD fait partie des nouvelles réalités du développement de l’enseignement supérieur. Pour toute nouveauté, il ne peut qu’avoir des problèmes auxquels il importe de faire face courageusement au risque d’être en déphasage vis-à-vis du monde; et pour réussir, tous les groupes d’acteurs (gouvernement, enseignants, étudiants) doivent jouer leur partition. Sinon on n’y arrivera pas.

Après quelques années de mise en pratique de ce système LMD, croyez-vous, en tant que professeur dans cette université, que le Bénin a les moyens de cette politique éducative ou d’enseignement ?

Le Bénin doit se donner les moyens de cette politique éducative. Sinon, le Bénin sera laissé sur le carreau. Voyez-vous, doit-on continuer de former des gens qui, au niveau de la sous-région et en dehors n’auront pas la possibilité de valoriser leur niveau? Le Bénin doit faire reconnaître ses niveaux de formation partout. C’est ça l’avantage du LMD. Un étudiant qui a fini avec le Master 1 (S1 et S2) il faudrait qu’il puisse faire valoir ce niveau ailleurs pour pouvoir continuer sa formation en S3 et S4 par exemple. Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’avantages du LMD.

Je voudrais finir avec le LMD en disant qu’au Bénin, le Gouvernement doit forcément permettre à nos structures de formation de disposer de minimum en termes de personnel enseignants, d’infrastructures etc.. pour que ce système ne soit pas un saupoudrage; car jusque-là c’est le constat. Il faut changer la donne.

Depuis l’avènement du régime Talon, son gouvernement a défini une nouvelle carte universitaire du pays. Quelle est votre première réaction à la suite d’une telle décision du pouvoir exécutif ?

Le nouveau gouvernement a défini une nouvelle carte universitaire pour le pays. Cette initiative est tout à fait louable et bien justifiée pour une raison simple de rationalisation des ressources (humaines, infrastructurelles, matérielles…). En effet, lorsqu’on fait une analyse de l’ancien atlas universitaire, on se rend effectivement compte qu’il y a une véritable pagaille qui était organisée à ce niveau.

L’avènement des centres universitaires a favorisé une certaine politisation à outrance, une régionalisation et une banalisation de l’enseignement supérieur dans notre pays. Et cela ne peut-être que difficile à gérer. C’était prévisible et des acteurs bien avertis que nous sommes avions déploré en son temps cette manière de faire. Mais la compétence et l’honnêteté scientifique n’étaient pas le meilleur critère dont il faut tenir compte pour prendre les décisions.

Maintenant, le nouveau gouvernement voulant arranger les choses est passée à côté de la plaque et s’est enfermé je ne sais où pour proposer une carte qui pour certains cas risque de conduire à des situations pires qu’avant aussi bien sur les plans des ressources à gérer que de la qualité de la formation. Je citerais seulement deux cas parmi tant d’autres : l’UAK et l’Université de Porto-Novo.

Pour le cas de l’université de Porto-Novo, d’aucuns disent que c’est justice rendue finalement à cette ville capitale. Mais vous, vous y trouvez une autre pagaille. Comment ?

Attention, la création d’une université pluridisciplinaire pour P/N n’était que justice rendue. Si on veut créer une université, on la crée et la développe progressivement. La pagaille, je la situe au niveau des centres universitaires créés un peu partout et qui ne peuvent qu’être difficiles à gérer.

Depuis les années 60 les démarches étaient en cours et très avancées d’ailleurs pour que Porto – Novo abrite une université pluridisciplinaire qui pour je ne sais quelles raisons a fini par être transférée à Abomey-Calavi en 70. Depuis lors toute tentative de concrétiser ce projet pour P/N n’a plus jamais abouti. Ce n’est qu’avec l’ancien régime que ce vœux a été réalisé. Mais cela ne devrait plus être remis à nouveau en cause.

Mais pour cette nouvelle carte, l’université de Porto-Novo est thématique, Cela suffirait – il pour calmer les ardeurs ?

Non. Il est aisé de comprendre que cette université thématique qu’on veut installer à Porto-Novo est une coquille vide. Porto-Novo, capitale de notre pays mérite mieux que ça. Une coquille vide parce que, voyez-vous, selon ce que l’on sait de la nouvelle carte, c’est seulement le rectorat de l’Université d’agriculture qui sera installée à Porto-Novo.

Mais pour le moment toutes les infrastructures de formation sont ailleurs et ce rectorat n’est même pas encore construit. Et on dépouille Porto-Novo des anciennes entités qu’elle abritait (IMSP, Ecole normale etc…) pour les rattacher à la nouvelle université d’Abomey. Même si on décide d’installer d’autres offres de formation à Porto-Novo, il va falloir trouver les moyens pour construire les infrastructures.

La raison de rationalisation se justifierait alors comment? Mieux, on ne fait pas l’agriculture en ville mais dans des localités rurales. En sommes, l’université d’agriculture ne convient pas pour Porto-Novo, capitale de notre pays. Selon le conseil des ministres du 27 juillet, on a juste dit que les centres de Kétou, Sakété et Adjohoun seront rattachés à Porto-Novo. Le dernier conseil des ministres end en date du mercredi 27 septembre 2016 a aussi confirmé cette décision. Cela veut dire que l’Université d’Agriculture de Kétou disparaît. C’est la lecture que je fais.

Vous menez depuis une lutte pour que le gouvernement revienne sur cette décision surtout pour le cas de Kétou, envisagez-vous une suite favorable ou ne voyez-vous pas une lutte déjà échouée ?

Comme vous le savez, moi je suis agronome de base et enseignant en sciences agronomiques, donc j’ai des prédispositions pour savoir ce qui est bon ou pas pour une formation agronomique de qualité pour un pays tel que le nôtre. Peu importe le lieu où cela devrait être implanté si les techniciens en ont décidé ainsi. J’aurai donc les mêmes réactions que celles que j’exprime aujourd’hui car cette nouvelle restructuration n’est pas rationnelle et la formation agronomique va en souffrir.

Ça c’est le volet technique. Sur le plan du développement de la zone, ce n’est pas bon non plus. Sur le plan politique et de l’unité nationale, c’est une injustice flagrante. On veut déshabiller Paul pour habiller Pierre et ceci à l’intérieur de la même région. Le gouvernement, avec tous les moyens dont il dispose est le plus fort et il peut décider de tout et faire appliquer tout quelles que soient les réticences.

Mais on l’aurait averti et tiré sur la sonnette d’alarme. C’est ce qui avait été fait en son temps avec l’ancien gouvernement qui n’avait pas suivi et aujourd’hui on se retrouve dans un pétrin terrible. Le gouvernement actuel aurait mieux fait de faire un vrai diagnostic et bien analyser au cas par cas la situation créée entre temps avant de décider car il y a beaucoup de choses à redire sur ce qui est fait.

On espère que le gouvernement tiendra parole en organisant, tel qu’il l’a décidé, l’atelier qui permettra d’arriver à un consensus sur la question. Toute personne est faillible et il n’y a aucune honte à revenir sur une décision lorsqu’on découvre qu’on a commis des erreurs.

Votre mot pour conclure

Pour finir je reprends ce que j’ai dit plus haut ‘Toute personne est faillible et il n’y a aucune honte à revenir sur une décision lorsqu’on découvre qu’on a commis des erreurs’. Ceci est nécessaire pour le développement de notre cher pays, le Bénin. Nous attendons donc toujours l’atelier promis par le gouvernement pour dégager un consensus sur l’atlas universitaire au Bénin.

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