DISCOUR DU Dr Boni YAYI Ancien Président du Benin au FORUM ECONOMIQUE GERMANO AFRICAIN SUR LE COMMERCE, L’INVESTISSEMENT ET LE DIALOGUE

Je voudrais tout d’abord exprimer ma gratitude à M. Guillaume Doane, Directeur Général du Forum Economique Germano Africain de m’avoir convié à ce Forum, le premier du genre et premier événement exclusivement dédié au renforcement des liens commerciaux entre l’Allemagne et le Continent africain.

Ce forum vient à point nommé parce que conçu pour être un outil destiné pour combler le fossé entre l’Allemagne et l’Afrique en facilitant le dialogue, les relations d’affaires et les échanges commerciaux et politiques dynamiques.

C’est pourquoi, à travers les organisateurs de ce forum à caractère privé, je voudrais saluer le leadership des plus hautes Autorités allemandes dans leur volonté de bâtir une mondialisation à visage humain qui rapproche les peuples en marche pour la prospérité partagée. Le leadership de la Chancelière MERKEL se passe de commentaires au moment où le monde et l’Europe sont confrontés à de multiples crises dont les plus évidentes ont pour nom :

  • le terrorisme international ;
  • la crise migratoire ;
  • le Brexit en Europe.

Le vent de l’isolationnisme venu des nouvelles autorités américaines avec comme conséquence la résurgence du protectionnisme exacerbé par la poussée du populisme prônent le repli sur soi.

Mesdames et Messieurs,

Il est heureux de noter que la nouvelle vision des autorités et secteurs privés de l’Allemagne fait de l’Afrique l’une des priorités du gouvernement allemand pour sa présidence du G20 cette année, une bonne nouvelle pour l’Afrique. Il y a donc lieu de saluer ce large consensus en faveur de développement des relations commerciales dans un contexte où l’Afrique apparaît de plus en plus comme l’une des régions du monde affichant une croissance la plus rapide offrant des débouchés aux entreprises allemandes.

Au cours des dix dernières années où j’ai eu le privilège d’échanger avec la Chancelière, en ma qualité de Président du Bénin, démocratiquement élu pour deux mandats de cinq ans (2006-2016), je n’ai cessé de proposer la nécessité pour l’Allemagne et notre continent de combler le fossé qui a prévalu en matière de partenariat stratégique et de dialogue politique au-delà de celui qui a toujours existé au sein de l’Union Européenne.

En ma qualité de Président en exercice de l’Union Africaine en 2012, j’ai suscité la Chancelière à se pénétrer de cette vision : « Aucune puissance économique, financière, sociale ne peut continuer de l’être sans le partenariat stratégique avec l’Afrique »

Je lui ai fait part d’un certain nombre de suggestions parmi lesquelles la nécessité de découvrir les nombreuses réalités et opportunités de l’Afrique par des visites sur ce continent. Ses récentes visites en Afrique en sont une source de soulagement.

Je lui ai suggéré l’institutionnalisation des sommets au plus haut niveau au plan politique pour sécuriser les relations d’affaires, commerciales au service du secteur privé.

De telles rencontres bilatérales se déroulent déjà avec les Etats Unis, la France, la Chine, l’Inde, la Turquie, etc.

Mesdames, Messieurs,

Pourquoi un tel partenariat stratégique au plan politique, économique, commercial, social, environnemental ? Parce que :

  • le monde change à travers les crises répétitives ;
  • avec son économie résiliente, l’Afrique devient un continent d’espoir ;
  • Les reformes en cours pour renforcer la résilience des économies africaines ;
  • Quel avenir du Partenariat stratégique Allemagne/Afrique dans le projet Européen
  • Remarque conclusives

Permettez-moi de dire un mot sur chacun de ces défis.

  • Le monde en prise des crises exigeant un autre modèle de coopération avec l’Afrique

La sécurité internationale, la montée du populisme, l’isolationnisme, les inquiétudes du projet européen mis à mal à la veille du 60ème anniversaire de la signature du Traité de 1957 sur la Communauté Européenne. L’Europe à plusieurs vitesses prend corps, censée tirer le projet commun de l’ornière après le choc du Brexit ou la crise des refugiés.

Face à ses nombreuses crises, l’Afrique, un grand continent jouera le rôle d’arbitre incontournable. Grand continent, la superficie de l’Afrique représente 4 fois l’Europe, 4 fois l’Inde, 4 fois le Brésil, 3 fois la Chine. Elle regorge de gisements de plusieurs ressources minières, pétrolières et de gaz. En 2050, l’Afrique sera le continent le plus peuplé avec plus de 2,4 milliards d’habitants dont 70% constituées de moins de 35ans. Avec la professionnalisation de ces jeunes, l’Afrique sera un véritable chantier et un grand marché sur la base de la construction de zone de libre échange continental. L’Afrique est un atout et un continent d’avenir.

  • Avec son économie résiliente, l’Afrique devient un continent d’espoir

 Le profil des défis auxquels l’Afrique est confronté en cours de résolution est connu et centré sur la stabilité : politique, démocratique, constitutionnelle, sécuritaire. Le défi de la stabilité financière et macroéconomique. Le défi de l’assainissement de l’environnement des affaires et des changements climatiques.

Des efforts sont encore nécessaires sur un nouveau profil de l’agriculture qui nourrisse et qui industrialise, du système éducatif, carburant entre l’Etat, arbitre le secteur privé, moteur des économies africaines, du système sanitaire, de l’assainissement des villes et campagnes. Interpellent encore l’Afrique, le défi de manque chronique d’infrastructures : l’énergie et l’électricité pour l’entreprise et le consommateur sur l’énergie propre (solaire éolienne, hydroelectricité) les routes et chemins de fer, les ports et aéroports et l’économie numérique et technologique.

Enfin, l’Afrique fait encore face à l’assaut du terrorisme international et demeure le théâtre des foyers de tension dus à la faiblesse de la gouvernance des affaires des pays avec l’exclusion sur la base de la couleur de la peau, des considérations ethniques, tribalistes, régionalistes et religieuses et l’inégale répartition des richesses Nationales.

Le processus des réformes structurelles et institutionnelles et après une atonie et une pauvreté omniprésente des années 80, les économies se sont redressés après les années 90, pour prendre une pente ascendante. Avec un taux de plus de 5% au cours de la dernière décennie, la croissance économique a été rapide.

En Afrique subsaharienne, l’extrême pauvreté a diminué de 28% entre 1990 et 2015 selon la Banque Africaine de Développement. Selon la même source, l’extrême pauvreté a diminué de 28% entre 1990 et 2015.

L’Afrique offre de nouveaux horizons pour l’investissement direct étranger, passé de 42,8 milliards de dollars en 2004-2008 à 49,8 milliards en 2015 ce qui a fait dire que l’Afrique est un continent d’espoir. Cette croissance s’appuie en grande partie sur les exportations de base exposant ce continent à la vulnérabilité face à l’instabilité des prix et à la faiblesse des cours mondiaux.

Cependant, après une dizaine d’années de croissance sans précédent, de nombreux pays africains ont récemment connu un ralentissement imputable à la chute des cours des matières et à un environnement économique mondial beaucoup moins favorable. En conséquence, la croissance du continent a ralenti.

Avec les difficultés auxquelles ont récemment été confrontés le Nigeria et l’Afrique du Sud qui représentent à eux deux environ 50% de la croissance pondérée du PIB du Continent, la Banque Africaine de Développement a récemment révisé cette croissance à la baisse, l’estimant à 1,8% proche de la prévision du Fonds Monétaire International comme une économie mondiale qui n’excédera pas 3,4% en 2017 (USA 1,6% et Union Européenne 1,7%).

Les tendances de l’investissement soutiennent cette orientation. Selon l’indice Doing Business de la Banque Mondiale, sur l’ensemble des réformes mises en place dans le monde en 2015 pour réglementer le secteur des entreprises, 30% ont concerné l’Afrique subsaharienne. Les investissements directs étrangers en Afrique devraient atteindre les 55-60 milliards de dollars en 2016. L’Afrique demeure la seconde destination en terme d’investissements directs étrangers, juste après la région Asie-Pacifique. Les économies africaines sont encore résilientes selon la BAD. Les prochaines réformes doivent renforcer cette résilience et réduire la fragilité de l’économie africaine.

  • Les réformes en cours pour renforcer la résilience des économies africaines

A cet effet, généraliser l’expression de la zone de libre échange tripartite comprenant la Communauté Economique de l’Afrique de l’Est, la Communauté de Développement de l’Afrique Australe et le Marché Commun pour l’Afrique Orientale et Australe.

  • accélérer la diversification des économies africaines ;
  • industrialiser l’Afrique pour plus de valeur ajoutée dans les productions agricoles, minérales, des métaux, de pétrole et de gaz.
  • nouvelle stratégie agricole comme une activité commerciale au lieu d’une activité de subsistance avec un accent sur l’industrialisation et l’agro-industrie pour plus d’emplois de gens qui représenterait près de 840 millions de jeunes en 2050.
  • Renforcer les infrastructures notamment l’énergie et l’électricité. Pour 45% des entreprises privées les insuffisances du réseau électrique et le coût élevé de l’énergie figure parmi les principaux obstacles.
  • Renforcer les stratégies régionales reposant sur les infrastructures en vue d’augmenter les échanges commerciaux intra-régionaux car ce commerce régional n’excède pas 15% du total des échanges.
  • Nouvelle stratégie de financement des infrastructures secteur privé + Fonds de pension, fonds souverains, mobilisation des ressources intérieures, etc.
  • Perspectives économiques et sociales pour les jeunes et les femmes ;
  • Gouvernance des effets néfastes des changements climatiques avec comme impératif la possibilité d’accès des africains au Fonds Vert pour le Climat et au Fonds pour l’environnement mondial pour financer une assurance contre les catastrophes en Afrique.

IV- Quel avenir du partenariat stratégique Allemagne/Afrique dans le nouveau projet européen ?

L’Afrique est un continent d’avenir et la résilience de son économie mérite d’être renforcée. Le partenariat UE/Afrique a accompagné cette tendance. L’avenir de ce partenariat reste subordonné aux mutations qui secouent les deux zones :

  • le projet européen en voie d’aboutir à une Europe à plusieurs vitesses ;
  • la remodélisation des Accords de Partenariat Economique offrant les perspectives d’une véritable industrialisation de l’Afrique et non d’un simple marché de consommation car une zone de libre échange nécessite un quasi équilibre des structures économiques des partenaires. Ce qui fait dire par certains que depuis 2000, avec les APE, l’Accord de Cotonou est qualifié de « baiser de la mort de l’Europe à l’Afrique »

Avec son leadership, l’Allemagne doit peser de son poids pour que l’Europe transforme les APE en une occasion de zone de libre échange boostant l’Afrique industrielle en vue de la résilience de son économie. La vision de transformation structurelle de l’économie Africaine nécessite un véritable Plan Marchal non générateur de dette. Le plan doit être mobilisateur parce que soutenu par l’Afrique, les partenaires bilatéraux comme multilatéraux, le secteur privé et la société Civile.

Ce forum ne peut que capitaliser cette exigence car l’investissement précède le commerce qui le nourrit.

L’Allemagne doit mutualiser ses efforts avec l’Europe et autres partenaires bilatéraux et multilatéraux pour accompagner la volonté politique de l’Afrique dans ses réformes pour consolider la stabilité : politique, économique, sociale, sécuritaire, les défis liés à la gouvernance financière et macroéconomique, l’assainissement de l’environnement des affaires, les défis liés au système éducatif et sanitaire, l’assainissement et les changements climatiques, les défis liés à une agriculture productive et commerciale, transformée et créatrice des emplois. Les défis de promotion des infrastructures : Energie et électricité propres, routes, chemin de fer, ports, aéroports, économie numérique et technologique, le défi à une nécessaire intégration économique de l’Afrique et sa transformation en zone de libre échange continentale.

J’ai l’espoir que ces questions vont inspirer nos débats.

V- Remarques conclusives

As a global role model, a leader in Europe and in the field of development, Germany is a friend and ally to all African nations. Despite all this, we know that Germany can and must play a broader role. There is much in our experiences as nations that can be shared. From collaboration on issues of industrialization to regional integration and energy efficiency, the partnership that already exists will benefit from increased German and African interaction on all levels.

While France, Britain, America, China and India have made great inroads into African business, German companies have stayed relatively reticent. Trade between Africa and Germany is focused on just a few countries where companies feel comfortable operating, or where the largest German firms cannot ignore the huge commercial opportunities.

As Africa’s middle class grows, the demand for manufactured goods from Europe and Germany in particular stands to increase. Germany stands to benefit from rising demand for its exports from Africa at a time when growth in developed markets is flagging. Increasing its exports not just to certain emerging markets but to all of Africa could help Germany accelerate its growth.

The areas where Germany excels – and the areas that this forum is examining – are the ones where we can gain the most from working together. Innovation, technology, manufacturing and clean energy. These will be the foundations of growing African economies in the next decades. Good corporate governance, exporting goods and services, and running small and medium sized businesses. These are the building blocks of Germany’s successful economy. Export that to Africa.

In Africa our economies are undergoing a revolution. More diverse and richer than ever before, they benefit more and more from private sector participation. We are undergoing a surge of private sector growth in West Africa and across the continent. For German companies this means well-equipped local partners and workforce, and an opening to 54 of the world’s great growth markets.

To the German investors present at this summit, I urge you to take a closer look at the nations of our continent, as Africa is an incredibly varied region. Even so, we are tied together by an understanding that we have a bright future on the world stage, and that Germany with its global outlook and reach, should be standing side by side with us as a major trading partner. A solid economic relationship between Africa and Germany will help Africa better penetrate the EU markets. Germany, as we see it, should be Africa’s gateway to Europe.

To the African entrepreneurs and leaders here, I call on you to create the relationships that may lead to new export opportunities in Europe, thousands of new jobs and billion-euro investments in the years to come. Seize the chance to make more of an already profitable partnership. Africa should use its growing market size and incomes to pull greater foreign direct investment from Germany and build supply chain linkages with German companies—a credible path to sustainable, long term industrialization.

This is the time to unite our countries through mutual commercial interests. I will be following the results of this inaugural Germany Africa Business Forum with great interest. Thank you very much.

Puisses ce Forum économique à caractère privé lancer les bases de l’institutionnalisation du partenariat stratégique fort. L’institutionnalisation du sommet entre hautes autorités des deux régions donnera un contenu politique à ce partenariat et donnera plus de garantie aux investisseurs privés.

Bonne chance à ce Forum Germano / Africain, le premier du genre.

Je vous remercie.

(Berlin le 23 Mars 2017),

                                                                                                           Dr Boni YAYI Ancien Président du Benin

 

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